Tout savoir sur la 12e édition de la mythique Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2022

Après un report inédit de trois jours dans l’histoire de la Route du Rhum pour cause de météo défavorable, les bateaux et les skippers ont enfin pu prendre la mer le mercredi 9 novembre 2022 au départ de Saint-Malo en Bretagne et à destination de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Cette course transatlantique en solitaire relie la France métropolitaine à son département d’outre-mer, tous les quatre ans depuis sa première édition en 1978. Initialement conçue pour promouvoir et valoriser le savoir-faire des sucriers de Rhum Guadeloupéens, cette course à la voile rencontre un succès croissant auprès de tous les publics.

Une organisation à la hauteur de l’événement

Organiser une telle course est une ambition qui se construit autant en mer qu’à terre. La fréquence de cette Route du Rhum (tous les 4 ans) met en lumière les difficultés logistiques et organisationnelles qu’il faut résoudre pour que 3 années d’organisation, laissent place à une course de quelques jours à quelques semaines en mer.

La foule des amateurs de course à la voile se retrouve sur les quais du port de Saint-Malo

Avec 138 skippers et autant de bateaux répartis sur 6 classes, c’est près de 2 millions de visiteurs pour la petite ville de Saint-Malo et 70 000 m² de quais recevant plus de 2,5 kilomètres de stands dans l’éphémère village de la Route du Rhum. Cette 12e édition dépasse toutes les autres. L’organisation seule de la course ne peut suffire, tant la préparation de l’événement et du départ attire des foules de plus en plus familiarisées avec la course au large en solitaire. Les visiteurs peuvent notamment admirer les bateaux dans le bassin du port de Saint-Malo.

Une organisation résolument ouverte aux préoccupations actuelles

Recevoir 2 millions de visiteurs en quelques jours et réussir à accueillir tout en sensibilisant, voilà une grande ambition des organisateurs de la Route du Rhum 2022 – Destination Guadeloupe. Des activités interactives sont proposées au public (surprise de la marée, la fresque Océane, etc.), afin de sensibiliser aux pollutions de l’océan. Un bilan carbone de l’événement est également effectué afin d’en tirer les conclusions nécessaires. Pour information, ce ne sont pas moins de 145 000 tonnes d’équivalent CO² qui sont rejetées lors d’un tel événement.

Un parcours à étudier avec attention

Le point de départ est connu, la pointe du Grouin à proximité de Saint-Malo, ainsi que le point d’arrivée, Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Des bouées incontournables sont également disposées en début de parcours en face du célèbre Cap Fréhel situé à Plévenon en Bretagne, ainsi qu’en fin de parcours en Guadeloupe (bouée de Basse-Terre) pour une arrivée par l’Ouest. Entre ces deux points, les options de route appartiennent aux 138 skippers ainsi qu’à leurs analyses météo. Tout marin le dira, en bateau, le parcours le plus court est rarement le plus rapide. La météo reste le facteur le plus décisif pour estimer et choisir une route plutôt qu’une autre. Ajoutons à cela que la route en Manche comporte des risques liés au dense trafic maritime et exige une vigilance accrue des skippers. Une fois l’océan Atlantique atteint, cap direction sud / sud-ouest pour affronter le redouté golfe de Gascogne. Il s’agit d’un véritable baptême du feu pour les marins et leurs bateaux, désormais soumis aux risques de tempêtes et de dépressions de ce lieu réputé mauvais. Puis la route continue entre les Açores et l’île de Madère à la recherche des vents Alizés favorables. Les multicoques (catamaran et trimaran) les plus rapides ouvrent alors la voie aux monocoques leur emboîtant le pas. Toutefois, la météo peut changer rapidement et rabattre les cartes de cette transat. En effet, les skippers sont autant routeurs cartes que météorologues pour trouver le parcours gagnant.

Les moyens pour suivre leurs parcours et décisions sont effectivement nombreux et ludiques.

Les skippers, des hommes et des femmes d’exception

Depuis environ 50 ans et la démocratisation de la voile en France et en Angleterre notamment, les courses au large ont vu progresser les pratiques, les techniques et surtout, les hommes et femmes qui ont su contribuer à la grande émulation de ce sport. La première édition en 1978 voyait Mike Birch vainqueur en 23 jours et 6 heures. Lors de la dernière édition en 2018, le skipper Francis Joyon affichait un record de 7 jours et 14 heures. Un écart frappant qui atteste bien des progrès effectués en 40 ans.

Les enjeux suivent les époques et les préoccupations

Les skippers, autant que les ingénieurs et techniciens, ont su accompagner la marche en avant des progrès de cette discipline. Éric Tabarly (au départ de l’édition de la Route de Rhum 1982 malgré un abandon) n’est plus à présenter. Mais certains ignorent encore son apport quant aux travaux et réflexions sur les « bateaux volants » tel qu’on peut les connaître aujourd’hui grâce aux « foils ». Des préoccupations plus environnementales s’invitent également à bord des équipages pour cette édition 2022. Les skippers cherchent à sensibiliser les foules sur ces enjeux grâce à la portée médiatique d’un événement tel que celui de la Route du Rhum. Sur cette 12e édition, Rolland Jourdain redonne une perspective de l’intérêt écologique en participant à bord d’un catamaran construit à 50 % de fibres de lin. La navigatrice Samatha Davies n’est pas en reste non plus avec son voilier monocoque Imoca aux couleurs de son « initiative cœur », démarche résolument tournée vers la chirurgie cardiaque à destination des enfants.

Les valeurs et engagements sont forts autour de ces skippers et de leurs bateaux qui profitent d’un public conséquent et averti.

Une professionnalisation du rôle de skipper

Les pionniers de la discipline de la course au large en solitaire, comme Éric Tabarly, Alain Colas, Marc Pajot ou encore Francis Chichester, ont marqué leur époque par leurs aptitudes personnelles :

  • capacité à la navigation aux astres ;
  • autonomie en mer très importante au regard des vitesses moyennes de l’époque ;
  • découverte des difficultés en conditions réelles en solitaire ;

Plus que le bateau, c’était le marin qui faisait son nom. Puis le monde de la course a évolué, entraînant avec lui les indispensables progrès techniques et les budgets qui vont avec, dépassant parfois les 10 millions d’euros. Les marins modernes tels que Armel Le Cléac’h, François Gabart, Jean Le Cam, Michel Desjoyaux, etc., se sont entraînés. Ils ont travaillé sur leur sommeil et suivi des programmes destinés à les performer. Aujourd’hui, le bateau est passé du rôle de destrier à celui d’outil de performance tandis que le marin est devenu un skipper athlète dans une discipline reconnue.

Une ligne de départ bien fournie

Au total, le départ de la 12e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe réunit 138 skippers, dont 7 femmes. D’amateurs chevronnés à professionnels de la course au large, tous seront mis face à leur défi.

Des favoris se dégagent néanmoins selon les catégories :

  • Charles Caudrelier à bord de « Edmond de Rotschild » ou encore Thomas Coville à bord de « Sodebo ». pour les multi 32/23 ;
  • la classe des IMOCA retient Charlie Dain sur « Apivia » ou bien Jeremy Beyou à bord de « Charal ».
  • Sam Goodchild (Leyton) et Armel Tipon (les P’tits doudous) sont donnés en bonne position sur la catégorie des Ocean Fifty.

Des bateaux par catégorie

Comme toute course, la Route du Rhum récompense le meilleur temps réalisé sur une distance donnée. Ce sont plus de 3 500 miles nautiques, soit environ 6 400 kilomètres qui séparent Pointe-à-Pitre de Saint-Malo. Plusieurs bateaux sont inscrits, mais tous ne se valent pas. Par exemple, les multicoques devancent les monocoques sur les allures portantes. Six catégories sont donc créées pour départager les vainqueurs selon les aptitudes plus que selon leurs bateaux. Ces 6 classes se répartissent en deux sous-catégories permettant le classement à part entre professionnels et certains amateurs. Les classes « Imoca, Ocean Fifty, class 40 et Ultim 32/23 » sont réservées aux coureurs professionnels et doivent alors respecter des critères leur permettant également (pour certains), l’inscription à d’autres courses (Vendée Globe, Trophée Jules Verne, etc.). Les classes « Rhum mono » et « Rhum multi » regroupent les voiliers en dehors des classes précitées permettant ainsi à des amateurs chevronnés ou inconnus de participer à cette grande course en solitaire au large que représente la mythique Route du Rhum.