La Route du Rhum : une course engagée à plusieurs niveaux

La Route du Rhum 2022 – Destination Guadeloupe est la 12e édition de cette course mythique qui part de Saint-Malo en France métropolitaine pour rejoindre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe.

Cette course quadriennale est l’occasion pour un grand nombre de personnes de suivre ce grand événement sportif qui se déroule dans le milieu de la voile. En quelques chiffres, la Route du Rhum c’est notamment :

  • deux millions de visiteurs sur le village de la Route du Rhum ;
  • des milliers de spectateurs au départ ;
  • 138 skippers (dont 7 femmes) en 2022 mélangeant professionnels et amateurs, et leurs bateaux engagés dans cet événement ;
  • des entreprises et sponsors consacrant des budgets importants (parfois plusieurs millions d’euros) ;
  • plus de 500 000 joueurs sur « Virtual Regatta » pour cette édition de la Route du Rhum ;

Pourtant, une réflexion s’impose : outre les skippers, ces personnes ne sont pas toutes des marins. Cependant, le succès est au rendez-vous et la popularité de cette course ne fait que croître.

Comment expliquer cet attrait des Français (mais pas que…) pour cette course ainsi que ces engagements forts de partenaires convaincus ?

La Route du Rhum est une course inclusive et ouverte

Petit retour en arrière. En 1969, la première course autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance technologique (route au sextant uniquement) est lancée : le « Golden Globe Challenge ». La passion de quelques acharnés isolés devient un sport et une épreuve arbitre les résultats.

Les débuts qui ont accroché le grand public

De nombreuses autres courses en solitaire ont lieu (transat anglaise, solitaire du Figaro, Vendée Globe, etc.) et toutes connaîtront un franc succès, car, en parallèle, la démocratisation de la « voile plaisance » bat son plein. Un engouement est né et, en à peine 40 ans, il commence à sensibiliser la France et les Français aux épreuves de course au large grâce à :

  • une avancée technologique fulgurante (coques planantes, utilisation du carbone, apparition des foils, balises GPS, routage météo, etc.) ;
  • des bateaux devenus véritables « Formule 1 » des mers ;
  • des skippers professionnalisés à l’extrême et rompus à la performance ;

Pour mémoire, la 1re édition de la Route du Rhum voyait le vainqueur (Mike Birch en 1978) réussir en 23 jours et 6 heures, tandis qu’en 2022, le record de Charles Caudrelier est de 6 jours et 19 heures. Le progrès est fulgurant et cela attire l’attention du public dans un premier temps.

La mission d’ouverture de la course de la Route du Rhum

Le public est présent, il faut désormais retenir son attention. C’est la force de la course au large à la voile et spécialement de la Route du Rhum. En France, la Route du Rhum est synonyme de « sprint » sur la route de la mythique traversée de l’Atlantique. Mais elle est également devenue synonyme d’autres valeurs qui font sens dans notre monde moderne.

La Route du Rhum est une fenêtre ouverte sur notre époque et ses problématiques. Cette épreuve sportive est le prisme par lequel nous nous interrogeons sur notre environnement, notre actualité, nos préoccupations, etc. La route du Rhum accueille 138 skippers (amateurs pour certains), autant de bateaux de tous genres (6 classes de bateaux différents pour inclure le plus grand nombre), mais également tout un public, des entreprises, des collectivités, des associations, etc. Des valeurs se détachent de cet ensemble hétéroclite.

Les valeurs de la Route du Rhum

Nous l’avons dit : le succès de la Route du Rhum est autant lié à son ouverture sur ceux qui y contribuent (marins, public, entreprises, sponsors, collectivités, etc.) que sur ceux qui le communiquent (public, articles de presse, internet, etc.).

Les enjeux du climat et des océans sont les « Star Guest » de cette course

Ce n’est un secret pour personne : le climat est l’enjeu d’importance sur les décennies à venir. Et une course de voile ne peut ignorer cela tant l’importance des océans est capitale.

Partenaires de la Route du Rhum 2022, ils sont présents pour sensibiliser le grand public sur l’engagement à prendre :

  • la fondation « surfrider » milite en rappelant que les océans captent 1/3 du carbone émis par les activités humaines et produit 50 % de l’oxygène que nous respirons. Lors de cette Route du Rhum, la « Surfrider Fondation » participe à l’éducation des petits et des grands sur la sauvegarde des océans.
  • Le bilan carbone de l’organisation de la course est étudié et archivé par le « OC Sport Pen-Duick » afin d’optimiser les futures éditions.
  • À titre d’exemple, le Skipper Rolland Jourdain concourt avec son catamaran « We Explore », fabriqué à 50 % en fibre de lin pour dé-carboner les constructions de bateaux de course tout en ouvrant des pistes de réflexion sur les bateaux grand public.
  • Le Skipper Arthur le Vaillant (humaniste et écologiste convaincu) traversera avec son trimaran « mieux », financé par un groupe d’entreprises soucieuses de l’environnement.

La Route du Rhum nous rappelle que, dans ce monde, les mers et océans sont « Res Nullius » (expression de droit latin signifiant « Chose sans propriétaire légal ») et que les 360 millions de km² qu’ils représentent appartiennent à tous et que, par conséquent, nous en sommes tous responsables aux titres des droits Universels des mers et des Océans. Rappelons qu’au-delà de la bande de 12 miles des eaux territoriales (ou des 200 miles du plateau continental), aucun pays au monde n’est souverain sur l’eau.

Une course à dimension humaine

« Initiatives Coeur ». Ce bateau est aux couleurs de l’association de chirurgie cardiaque qui permet d’opérer en France des enfants issus d’environnements sans accès aux soins.

Le bateau de classe Imoca est skippé par une femme au cœur aussi grand que son expérience de la course au large : Samantha Davies. Et le parrain du bateau n’est autre que Thomas Pesquet, l’astronaute. De grands noms pour un grand engagement.

La valeur du respect et l’entretien du souvenir

La Route du Rhum a connu son lot de tragique (disparition d’Alain Colas en 1978 et de Loïc Caradec en 1986). La célèbre Florence Arthaud (gagnante de l’épreuve en 1990) nous a quittés en 2015. Pour honorer sa mémoire, le non moins célèbre Philippe Poupon s’engage sur cette édition de la Route du Rhum avec l’ancien trimaran de Florence baptisé « Flo ». Le skipper japonais Kojiro Shiraishi représente ses couleurs, mais également son maître (Yukoh Tada), mort par suicide en 1991 après avoir pourtant forcé le respect grâce à ses performances (1er de sa catégorie sur le BOC challenge 1982). Issu d’un pays aux traditions nautiques moins présentes que sous nos latitudes, le skipper japonais représente tout le devoir de mémoire qui est dû à ceux qui ont ouvert la voie.

La Route du Rhum, une course qui a su s’adapter

Il faut retenir que la Route du Rhum a su parler à tous les acteurs (directs ou non) de la voile dès ses débuts, car l’époque s’y prêtait. Pourtant aujourd’hui, n’étant ni la plus dure ni la plus éprouvante des courses en solitaire (par rapport au Vendée Globe par exemple), elle est toujours très attendue et très suivie, car elle a su s’adapter. Elle a su laisser la place nécessaire à tous les sujets qui peuvent graviter autour d’une course de voile (environnement, solidarité, performances, etc.) tout en laissant le public s’exprimer au travers des actions menées et en intégrant la plus grande diversité possible de skippers et de bateaux. Au final, les performances de la course ont attiré les foules, mais c’est son ouverture qui les a retenues sur un terme aussi long. Après 12 éditions et près de 50 ans d’existence, son succès est croissant et des engagements forts gravitent autour du nom de « Route du Rhum ».