Les différentes classes de bateaux pour cette Route du Rhum 2022

Au total, ce ne sont pas moins de 6 catégories différentes de bateaux qui s’affrontent dans cette mythique course à la voile de type transat qu’est la Route du Rhum 2022 – Destination Guadeloupe.

Le départ de Saint-Malo en Bretagne, en date du mercredi 9 novembre, s’est déroulé sans incident notoire et les concurrents ont pu lancer leurs machines de course plein ouest sous les yeux attentifs d’un public venu en nombre. Le suivi en temps réel ainsi que les autres moyens de suivre l’évolution de cette course contribuent à l’intérêt grandissant porté à la voile.

Cette édition compte 138 skippers sur autant de bateaux, ce qui constitue un record.

L’utilité d’un classement nuancé

Comme pour toute course, un classement sanctionnera les performances des marins qui auront réussi à boucler l’épreuve.

Par exemple, en 2018, le skipper le plus rapide, Francis Joyon sur classe Utlim « Idec Sport », a terminé l’épreuve en 7 jours et 14 heures alors que le dernier concurrent, Christophe Souchaud, à bord de son Rhum mono « Rhum solidaire/cap Handi », a mis 32 jours et 8 heures.

Mais l’on ne peut pas considérer les qualités des marins uniquement en fonction des temps réalisés. Tout sport de voile, en France ou ailleurs dans le monde, dépend aussi des qualités intrinsèques des bateaux.

Ainsi, un multicoque de type catamaran ou trimaran, par exemple, aura toujours plus d’aptitude à la vitesse au portant qu’un monocoque. D’un autre côté, il ne pourra plus se redresser en cas de chavirage et nécessite donc une attention plus forte du skipper sur ce point.

Pour gérer l’ensemble des contraintes liées aux bateaux, mais également pour mieux comparer les aptitudes des concurrents, un classement par catégorie s’impose.

De Saint-Malo à Pointe-à-Pitre : 6 catégories pour 138 bateaux engagés

Du village de la Route du Rhum provisoirement installé sur les quais de Saint-Malo, on peut admirer ces bateaux aux lignes sportives.

Coiffées de leurs grands pavois, ces machines de course attendent patiemment dans les bassins que l’heure sonne pour enfin quitter la France métropolitaine à des vitesses toujours plus extravagantes.

Classe Ultim 32/23, les géants multicoques

Cette catégorie, créée à l’occasion de l’édition de la Route du Rhum 2010, regroupe l’ensemble des multicoques mesurant entre 23 mètres de largeur et 32 mètres de longueur.

Les dimensions étant données, il faut alors comprendre que piloter un bateau d’une telle longueur, et ce en solitaire, est un exploit à part entière. Rien que l’envoi d’une voile au portant peut prendre jusqu’à 45 minutes.

Certains Ultim se sont illustrés dans d’autres courses. Nous nous souvenons, par exemple, de Thomas Coville à bord du « Sodebo Ultim 3 » lors de l’édition Rollex Fasnet Race en 2019. Ces géants, aussi rapides que subtils, possèdent des caractéristiques qui leur sont propres :

  • une vitesse sur l’eau pouvant atteindre près de 90 km/h ;
  • une superficie de voile allant jusqu’à 650 m² ;
  • environ 65 tonnes de pression exercée au niveau du mât en bord de près ou de travers ;
  • entre 10 et 15 millions d’euros de frais d’ingénierie et de fabrication par unité.

En tout, sur cette édition 2022 – Destination Guadeloupe, 8 Ultim sont engagés.

Pour l’anecdote, leur largeur de 23 mètres maximum reste un point délicat pour le passage des écluses de Saint-Malo. Celle du Naye mesure 21 m de large et l’on peut dire que l’éclusage est déjà un passage délicat à lui seul pour de telles machines.

Océan Fifty : fifty pour « 50 pieds »

Cette classe de voiliers multicoques se limite à 15,24 m de long, soit 50 pieds, d’où le nom de leur catégorie qui a succédé aux « Multi50 ».

Plus petits que la catégorie Ultim, les Ocean Fifty restent des bateaux extrêmement performants et n’ont pas grand-chose à envier à leurs grands frères. Cette classe innove et crée son propre circuit en 2021 avec « Upswing prod » qui évolue tous les ans dans la baie de Saint-Brieuc en Bretagne.

Le budget, certes plus raisonnable qu’un Ultim, est d’environ 2,5 à 3 millions d’euros à l’achat, avec un coût d’exploitation à environ 500 000 euros par an.

8 Ocean Fifty sont engagés sur la Route du Rhum 2022 à destination de la Guadeloupe et cette catégorie possède de grandes chances de donner des résultats impressionnants quant aux performances atteintes.

L’incontournable class Imoca

D’une longueur maximale de 60 pieds (18,28 m), les bateaux Imoca sont des monocoques puissants et rapides rompus à l’exercice de la course au large en solitaire.

Habituellement conçus pour des conditions extrêmes tout en alliant performance et sécurité, ils sont les compagnons des quelques marins engagés sur des courses réputées rudes et nécessitant de tenir dans la durée, comme :

  • le Vendée-globe ;
  • The Ocean Race ;
  • le Vendée-Arctique-les Sables-d’Olonne ;

La classe Imoca, issue du règlement BOC challenge depuis 1991, se veut ouverte. Par définition, tout ce qui n’est pas expressément interdit, limité ou imposé est autorisé.

Ce sont donc des bateaux plus personnalisables que les Ultim par exemple. Et cette fois, la pertinence des choix effectués par un skipper plutôt qu’un autre (dans la limite du règlement) entre indirectement en considération de sa performance.

Leur coût d’acquisition en neuf avoisine les 6 à 7 millions d’euros néanmoins et un coût de fonctionnement d’environ 2 à 3 millions par an est constaté.

37 Imoca sont engagés dans cette Route du Rhum édition 2022.

Les Class 40 pour l’accès à d’autres programmes

Nous l’avons vu, comme dans d’autres sports, les budgets sont conséquents en voile.

Dès lors, une entreprise de taille modérée qui souhaite utiliser le vecteur de communication de ce sport se verra vite confrontée à des problématiques budgétaires, ne pouvant rivaliser avec des enseignes investissant sur des Ultim ou des Imoca, par exemple.

Pour un budget d’acquisition d’environ 800 000 euros et un budget de fonctionnement d’environ 200 000 euros par an, un investisseur professionnel peut espérer des performances élevées et ainsi participer à des courses de renommée (transat Jacques Vabre, Transat anglaise, etc.) sans avoir à investir au-dessus de ses moyens, grâce au Class 40.

Certes, une course comme le Vendée-globe reste fermée aux Class 40. Mais il appartient à chaque investisseur de se poser la bonne équation entre le montant investi et les retombées médiatiques attendues. Le Class 40 permet ce compromis pour des professionnels plus modestes.

55 marins ont franchi la ligne de départ de cette Route du Rhum 2022 – Destination Guadeloupe avec leur Class 40.

Les Rhum mono plus hétéroclites

Réservée aux bateaux monocoques d’au moins 39 pieds (11,88 m) et ne pouvant rentrer dans aucune autre catégorie, la classe des « Rhum mono » accueille pas moins de 16 bateaux allant du skipper particulier chevronné au skipper professionnel navigant sur un bateau historique (1967 pour le plus ancien) ou un prototype.

Cette catégorie permet aux anonymes les plus affirmés de se faire un nom ou de se confronter à leurs limites dans une course au large reconnue et réputée. Les budgets sont privés et chaque concurrent est libre des moyens tant qu’il satisfait au règlement de l’organisation de la course.

Les Rhum multi, un symbole fort

Cette dernière catégorie regroupe les bateaux multicoques mesurant moins de 64 pieds (19,50 mètres) et ne rentrant pas dans les autres catégories.

Ce ne sont pas moins de 14 inscrits qui viennent se mesurer aux grands noms de la mer sur de tels bateaux.

On retient le célèbre Philippe Poupon à bord de « Flo », l’ancien bateau de Florence Artaud, qui effectue la course en sa mémoire. Pour rappel, Florence Arthaud avait remporté l’épreuve en 1990.

Pour des considérations plus environnementales, Rolland Jourdain dit « Bilou » inscrit son multicoque « We Explore ». Celui-ci est fabriqué à 50 % en fibre de lin.

Des points communs et des différences

Toutes ces catégories de voiliers ou presque possèdent des points communs, tels que la récente mise au point des technologies de « Foils » ou les autres progrès propres à la course au large.

En revanche, ces mêmes catégories se distinguent par leurs critères de qualités d’inscription, les particuliers non professionnels étant limités aux seules classes « Rhum Multi » ou « Rhum mono ».

Notons également que, pour des raisons de sécurité, les catégories regroupant les multicoques se voient autoriser à recourir au routage météo à terre contrairement aux monocoques.